BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Tics (8:47)
2. Strayed Again (12:54)
3. Below The Water (6:44)
4. Into The Cold (11:54)
5. Agitated Mind (17:42)

FORMATION :

Jon Edmund Hansen

(guitare)

Bjorn Viggo Andersen

(orgue Hammond, Fender Rhodes, clavinet, synthétiseur)

Geir Tornes

(basse)

Morten Tornes

(batterie, chant)

Tom Uglebakken

(guitare, chant, flûte)

Leif Erlend Hjlmen

(violoncelle)

GARGAMEL

"Watch For The Umbles"

Norvège - 2006

Transubstans Records - 58:15

 

 

On connaissait Gargamel, sorcier maladroit ennemi juré des Schtroumpfs. Voilà qu'une jeune formation norvégienne, fondée à Oslo en 2001 et signée par le désormais incontournable label Transubstans Records, adopte ce patronyme, non pas dans le but de défier la communauté progressive, aussi haïssable soit-elle, mais bel et bien pour contribuer à la satisfaction de nos désirs intarissables.

Son premier album, Watch For The Umbles, s'inscrit dans la grande tradition scandinave, initiée dans les années 90 par des groupes comme Änglagård ou Anekdoten. Si Gargamel montre de fortes analogies avec l'école crimsonienne, il s'inspire également de manière assez sensible d'un autre magicien des seventies : Van Der Graaf Generator. Ambiances sombres, chant habité à la Peter Hammill (ces intonations de voix et vociférations d'écorché vif !), orgue Hammond martelé... pas de doute, les norvégiens connaissent leurs classiques. Sans doute même un peu trop. Question originalité, on a déjà vu mieux. On ne peut toutefois que modérément leur en vouloir, au regard de l'indéniable savoir-faire dont ils font preuve .

Tout au long des cinq compositions, aux durées oscillant entre 7 et 18 minutes, le sextette affiche de sérieuses compétences techniques et d'indéniables qualités artistiques, mais commet, en bon Gargamel, quelques maladresses. La plus fâcheuse se situe assurément du côté du chant. Pas folichon, pas franchement mauvais non plus, distant et sans impact mélodique notable, il est surtout inapproprié. Bref, il ne s'imposait pas, Watch For The Umbles prenant toute sa dimension et libérant toute sa force émotionnelle dans les conséquents développements instrumentaux qu'il contient, souvent captivants : montées en puissance, explosions 'heavy' déclenchées par des guitares incisives, duos flûte/violoncelle, séquences jazzy à base de Fender Rhodes ou de saxophone, strates de Mellotron, interludes psychédéliques ou spatiales... Le programme est riche et varié.

Cette diversité, appréciable car source de fréquents rebondissements, se révèle cependant un brin décousue du fait d'un manque de cohérence entre certaines séquences et de l'absence de transitions dignes de ce nom. On ressort globalement satisfait de cette expérience musicale tout en éprouvant le sentiment d'être passé à côté de quelque chose de plus fort encore. Avec le recul, on se dit que les faiblesses constatées sont à considérer comme des erreurs et des péchés de jeunesse. Influences trop marquées, chant inopportun, dispersion... gageons que Gargamel saura utiliser au mieux son potentiel considérable pour gommer ces imperfections et réaliser l'œuvre dont on le sent capable.

En attendant d'apprécier la suite de ses aventures, il est conseillé de poser une oreille, ou plutôt deux et attentives de préférence, sur ce Watch For The Umbles, coup d'essai des plus prometteurs où le spleen scandinave enlace langoureusement le rock progressif ténébreux.

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)