BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Spirals Of Time pochette

PISTES :

1. It's Time To Change (25:56)
2. Universe (9:24)
3. Someday Beyond (Shadows And Light Will Bright) (9:45)
4. Earth (11:38)
5. Fogueira - (3:54)

FORMATION :

Giuliano Tiburzio

(basse)

Antonio Bortoloto

(batterie, percussions)

Leonardo Zambianco

(chant)

Fernando Pacheco

(guitares électrique et acoustique)

INVITÉS

Eduardo Henrique Floriano
(chœurs [3,4])

Nélio Tanios Porto
(claviers)

G.A.L.F.

"Spirals Of Time"

Brésil - 2007

Progressive Rock - 60:37

 

 

Au delà de sa qualité intrinsèque, un album est jugé selon une multitude de critères, bien moins objectifs évidemment. J'enfonce peut-être une porte ouverte en assénant cela, mais il me semblait important de le réitérer au moment d'entamer la chronique de ce Spirals Of Time. Autant le dire très vite, je suis un grand fan de Fernando Pacheco, qui enchanta (et continue d'enchanter d'ailleurs) mes oreilles avec son groupe RVM dans les années 70, chantre d'un progressif symphonique typiquement latin que Dogma allait reprendre à son compte deux décennies plus tard... Impossible pour moi donc d'appréhender la nouvelle formation de ce talentueux guitariste, sans quelques petits a priori positifs. Et ce d'autant plus que le Brésil est particulièrement avare depuis une petite dizaine d'années en pépites auditives du niveau des opus de Dogma ou RVM.

G.A.L.F. : autant de lettres que de musiciens, chacune d'entre elles s'avérant l'initiale du prénom de ces derniers. Giuliano Tiburzio, Antonio Bortoloto, Leonardo Zambianco et donc Fernando Pacheco constituent le coeur de cette nouvelle formation, dont la profession de foi ne laisse clairement aucun doute : "ressusciter le rock progressif des années 70 en lui offrant la même aura poétique et symphonique". Joli, non !?

Dire que G.A.L.F. concrétise pleinement son projet ne serait pas, malgré mon introduction orientée, totalement honnête. La faute, d'entrée de jeu serais-je tenté de dire, à Leonardo Zambianco dont le chant à l'anglais approximatif nous empêche d'accéder aux cieux promis par ailleurs par la musique. Heureusement, comme si les musiciens se rendaient compte que leur compagnon n'est pas au même niveau qu'eux, les parties chantées s'avèrent très largement minoritaires au sein de l'heure que dure Spirals Of Time. Les longs développements instrumentaux jalonnent donc cet album à intervalles (très) réguliers pour nous rappeler que G.A.L.F. ne doit surtout pas être associé, en un raccourci un peu trop rapide, aux formations progressives souffrant de carences vocales certaines. Ces dernières ne sont d'ailleurs ici aucunement rédhibitoires, avant tout car les interventions de Leonardo Zambianco jouent la plupart du temps le simple rôle d'introduction aux joutes instrumentales qui illuminent pour le coup les cinq longues (26, 9, 10, 11 et 4 minutes) compositions de Spirals Of Time. Notre ami Fernando Pacheco apparaît ainsi très vite comme le maître d'œuvre de ces structures musicales qui, entre force et retenue, ombre et lumière, comblent nos sens avec maestria. "Earth" par exemple expose durant près de 12 minutes tout ce que les artistes progressifs latins ont apporté à notre cause musicale. La brillance mélodique, l'emphase architecturale, la suavité pianistique ou la flamboyance guitaristique sont autant d'éléments qui nous ont conquis avec Dogma il y a dix ans et plus. "Universe" se doit également d'être cité, car il contient des cavalcades claviéristiques dignes de Eloy pour la dimension spatiale ou de Camel quand le groove se mêle de la partie. Il est à noter à propos que la section rythmique fait ici très bonne figure, donnant du corps à un ensemble qui n'en manque pas par ailleurs mais qui prends alors malgré tout une épaisseur harmonique de bon aloi...

Honorant la tradition progressive sud-américaine, sans retenue et avec une ferveur parfois maladroite mais touchante, G.A.L.F. confirme au final les a priori positifs évoqués plus haut. Bizarrement, le côté imparfait de certaines productions latines leur confère un "supplément d'âme" assez inexplicable. Spirals Of Time n'échappe pas à ce constat, mais ne suscite pas pour autant vraiment de regrets. Un équilibre a été ici trouvé et s'offre à nous avec une authenticité qui ne pouvait somme toute prendre que cette forme... Etrange en effet, mais tellement jouissif !

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)