BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Master Humphries Clock (9:56)
2. The War Years (3:47)
3. Stowaway (6:10)
4. Balloon (4;25)
5. The Consequences Of Indecision (2:00)
6. Broken Skies (15:24)
7. The Display (7:26)

FORMATION :

Danny Chang

(guitare, percussions, chœurs)

Rob Reed

(claviers, guitare slide, chœurs)

Doug Sinclair

(basse, chœurs, guitare, sound F/X)

Tim Robinson

(batterie)

Andy Edwards

(chant, guitare)

INVITÉS

Lee Goodall
(saxophone, flûte)

Tim Short
(percussions)

Billy Thompson
(violon)

Sara Greenwood
(violoncelle)

Vori Bolemsav
(hautbois)

THE FYREWORKS

"The Fyreworks"

Royaume-Uni - 1997

Festival Records - 49:12

 

 

Le rock progressif anglais serait-il en train de reprendre du poil de la bête ? Au moment où la Grande-Bretagne met fin à près de deux décennies de conservatisme thatchérien, la «pensée unique» néo-progressive semble avoir elle aussi du plomb dans l'aile et, ne serait-ce qu'au nom du pluralisme, on ne peut a priori que s'en réjouir.

Vous l'aurez compris, cet album de The Fyreworks tranche singulièrement avec la morosité ambiante d'une scène progressive britannique qui n'en finit pas de se mordre la queue. La volonté affichée par ces cinq musiciens est en effet claire : revenir aux sources du rock progressif, et remettre au goût du jour ses valeurs originelles. Au programme : compositions épiques et complexes, libérées des contraintes du format «chanson», production très léchée (l'enregistrement s'est étalé sur un an et demi !) et grande richesse instrumentale (claviers analogiques, flûte, violon, sax, violoncelle...).

A l'origine de ce projet, on trouve le guitariste Danny Chang, obscur vétéran de la scène progressive des années 70, qui guettait depuis de longues années l'occasion de laisser un témoignage de son talent à la postérité. Lorsque le moment sembla venu (en 1994), il s'assura la coopération de Robert Reed (claviériste et leader de Cyan, l'une des formations néo-progressives les plus intéressantes) qui, à son tour, impliqua deux de ses collaborateurs : Andy Edwards, chanteur et guitariste d'Ezra (dont Reed fait également partie) et Tim Robinson, batteur sur le prochain album de Cyan. Le quintette fut enfin complété par le bassiste Doug Sinclair - non, il ne s'agit pas du croisement génétique des deux premiers bassistes de Camel, mais de l'ex-titulaire de ce poste au sein du groupe de scène de Steve Hackett...

Au centre de la réussite de cet album, il y a une vraie dynamique de groupe. Nous n'avons pas affaire à n'importe qui, et qu'il s'agisse de la cohésion d'ensemble, de la capacité à insuffler relief et vie aux compositions, ou plus anecdotiquement des interventions solistes (finalement assez peu nombreuses, car partagées équitablement avec les invités, dont la contribution est tout sauf décorative), c'est un vrai régal à écouter. D'autant que la production est superbe, moderne mais aussi soucieuse de l'authenticité des sons et de la dynamique du groupe (la section rythmique se voit réhabilitée dans son rôle central).

Mais mieux encore, il y a les compositions et les arrangements. Autour des thèmes apportés par Danny Chang, le groupe (Robert Reed en tête) a construit, avec une délectation presque palpable, des architectures musicales sophistiquées mais n'oubliant jamais d'être mélodiques. Les atmosphères s'y succèdent au moyen de transitions toujours soignées, au gré d'un constant renouvellement de l'instrumentation. Les sept morceaux sont de durées variables (de 2:00 à 15:25, dont deux instrumentaux), mais s'il s'impose de mettre en exergue les plus longs («Master Humphries' Clock» et «Broken Skies») pour leur caractère progressif plus affirmé, leurs acolytes ne sont pas pour autant à négliger, car leur brièveté n'empêche pas la présence de séquences instrumentales toujours réussies qui exploitent toutes les combinaisons instrumentales possibles (flûte/guitare, violon/orgue, saxophone soprano/mellotron...).

Seule véritable imperfection de cet album (on n'ira pas jusqu'à parler de "point faible"...), les parties vocales, pas toujours tout à fait en phase avec la musique, et au mixage parfois curieusement approximatif. Andy Edwards est pourtant un chanteur compétent, très à l'aise dans les moments calmes où sa voix semble comme fragilisée (le très beau "The War Years") mais qui sait aussi faire décoller les morceaux. Dommage donc que quelques "erreurs" viennent un peu gâcher le niveau d'ensemble.

Cette petite réserve, que certains trouveront excessive, témoigne en fait du haut niveau d'exigence auxquels nous sommes tenus à l'égard de cette formation qui, à peine apparue, s'impose d'ores et déjà comme l'une des plus talentueuses du moment. Ce premier album figure déjà parmi les grandes réussites de l'année en cours. Espérons que The Fyreworks obtiendra le succès qu'il mérite et que nos cinq musiciens lui donneront rapidement une suite totalement convaincante...

Christian AUPETIT, avec Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°20 - Mai/Juin 1997)