BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Evolution Of JazzRaptor pochette

PISTES :

1. Bohemian Soul (7:28)
2. Cat's Got Nine (3:19)
3. Feel It When I Sing (6:47)
4. The Shy Ones (5:30)
5. Tiger Bone Wine (3:39)
6. Dream With You (4:46)
7. Lucifer's Rat (6:04)
8. Every Time You Smile (6:42)
9. Nirvana In The Notes (14:04)

FORMATION :

Jack Foster

(chant, guitares électrique et acoustique)

Melanie Myers

(paroles)

Robert Berry

(basse, batterie, guitare)

Trent Gardner

(claviers, trombone, percussions, chant, basse Moog)

MUSICIENS ADDITIONNELS

Ken Stout
(saxophone)

David Ristrim
dobro, pedal steel guitare)

Michael Mullen
(violon)

Joe Dupre
(violon)

Jeff Curtis
(guitare, harmonica)

Wayne Gardner
(guitare)

John Capobianco
(trompette)

Shelly Berg
(piano)

Andy Eberhard
(batterie)

JACK FOSTER III

"Evolution Of JazzRaptor"

États-Unis - 2004

Muse Wrapped Records - 58:09

 

 

Sorti initialement l'an dernier sous forme d'autoproduction, ce premier album de Jack Foster III (mais qui sont les deux autres ?) se trouve enfin distribué par une maison de disques digne de ce nom. Enfin, car autour de ce guitariste chanteur inconnu, on trouve deux grandes pointures du progressif nord-américain, Robert Berry et Trent Gardner. C'est dans les studios du premier que l'enregistrement a eu lieu, lequel s'est d'ailleurs fendu de quelques parties de guitare. Quant à Trent Gardner, producteur de l'ensemble, son influence est nettement plus perceptible (il a tout de même cosigné quatre titres), en particulier dans le travail d'arrangement qui nous confirme le talent multiforme du bonhomme. La dominante de Evolution Of JazzRaptor, comme son titre l'indique, touche en effet au jazz (le saxophone sur «Bohemian Soul» ou la trompette sur «Lucifer's Rat»), mais également au rock ou au blues. Ainsi, «Bohemian Soul», qui ouvre le disque, est un titre bluesy au refrain percutant, dans lequel une partie jazz se trouve enchâssée, l'occasion pour Gardner de se livrer à une petite prestation de trombone. «Cat's Got Nine» est un morceau qui fleure bon le rock sudiste, tout comme le gras «Tiger Bone Wine», tandis que «The Shy Ones» est une agréable bossa-nova avec quelques échos de Louisiane. Il faut dire que la voix de Jack Foster, proche de celle d'un Tony Joe White, convient parfaitement à ces genres divers et à des mélodies séduisantes.

Pour autant, Gardner a clairement posé sa patte à de nombreux endroits du disque. Outre quelques chœurs occasionnels, ses claviers donnent une coloration particulière au dynamique «Feel It When I Sting», au cuivré «Lucifer's Rat», «Every Time You Smile» (percussions synthétiques), ou surtout à l'excellente ballade «Dream With You», proche de Magellan; on identifie également très bien certains riffs de guitare («Feel It When I Sting», «Every Time You Smile») et les finals emphatiques de «Bohemian Soul», «Nirvana In The Notes» ou «Lucifer's Rat» sont reconnaissables entre mille. De même, c'est lui qui est à l'origine de la version définitive du plus long titre de l'album, «Nirvana In The Notes» (quatorze minutes au compteur). Contrairement aux épiques qu'il avait pu jusqu'à présent composer, cette suite est essentiellement jazz. Basée sur une improvisation du musicien Shelly Berg, elle est dominée par le piano, et alterne passages à la guitare acoustique (une ballade qui manque un peu de profondeur, sauf pour son final, plus consistant) et séquences purement jazz, pour un résultat pas toujours très fluide, qui s'avère de surcroît très typé, et par là même un peu plus délicat à aborder.

Evolution Of JazzRaptor, sympathique galerie musicale aux attractions variées, témoigne en tout cas à la fois du talent de Jack Foster et de la démarche de défricheur privilégiée par Gardner, qui nous réserve sans conteste d'autres surprises dans l'avenir, à commencer peut-être par un second JazzRaptor d'ores et déjà envisagé...

Jean-Guillaume LANUQUE

Entretien avec Jack FOSTER III :

Jack Foster III

Peux-tu présenter ton parcours musical à nos lecteurs oui t'ont découvert avec Evolution of JazzRaptor ? Qui sont les deux premiers Jack Foster ?

Feu mon grand-père s'appelait Jack Foster senior. Mon père s'appelle Jack Foster junior. Et je suis le numéro 3 ! Mon fils de douze ans est le numéro 4, mais on le nomme Jackson... surtout pour éviter les confusions ! Mon parcours musical fut long et varié, et donc difficile à décrire. Je me suis spécialisé en musique à l'université, me concentrant surtout sur la composition et la théorie. J'ai joué dans des groupes dès l'âge de seize ans et j'ai participé à une tonne de formations de reprises dans le style «garage» dont personne n'a jamais entendu parler : Funky & The Clichés, Reigning Cats & Dogs ou The Point, pour n'en citer que quelques-unes. Je fais actuellement partie d'un groupe qui s'appelle Mojophonic, et qui se spécialise dans le funk style Nouvelle-Orléans avec quelques autres influences comme le jazz, la musique africaine et le hard-rock. Je chante aussi dans un quintet de jazz qui s'appelle Full House, et dans les chœurs du Bohemian Club à San Francisco. Je fais également beaucoup de concerts uniques, fais partie de groupes de session et travaille en solo !

Comment en es-tu venu à collaborer avec Robert Berry et Trent Gardner ? Quel a été le degré d'implication de Trent Gardner dans l'élaboration de cet album ?

J'ai rencontré Trent quand lui et moi avons chacun été recrutés pour faire partie d'un groupe de session de R'n'B. Il chantait et jouait du trombone, je chantais également et jouais de la guitare. On s'est bien entendu et au passage, je lui ai dit que j'avais plein de chansons originales dont je n'avais jamais rien fait. Il a eu l'air très intéressé et a demandé s'il pourrait entendre quelque chose de ma composition. Je lui ai envoyé trente démos de chansons et il m'a répondu par courrier électronique qu'il était intéressé pour produire le projet. Je ne savais pas vraiment qui était Trent à ce moment-là. J'ai effectué quelques recherches et je me suis rendu compte que c'était un «monstre» ! J'ai tout d'abord écouté Glossololia et j'ai été complètement subjugué. Quel talent ! Je n'arrivais pas à croire en une telle chance et j'étais déterminé à ne pas le laisser filer ! (rires) Trent a suggéré de compléter l'équipe par Robert, une suggestion dont j'ai été heureux (et dont je suis encore plus heureux maintenant !).

Que penses-tu du travail de ces deux artistes, spécialement de Trent Gardner et Magellan ? Le morceau «Dream With You» sonne d'ailleurs beaucoup comme du Magellan. Après les collaborations de Trent avec James LaBrie et Steve Walsh, tu es quand même le troisième d'une liste prestigieuse !

Et ce n'est même pas une blague ! Après Glossololia, Leonardo a été la production suivante de Gardner que j'ai littéralement dévoré. Je savais donc que Trent maîtrisait beaucoup de styles musicaux différents et qu'il pourrait vraiment améliorer un grand nombre de styles vocaux par le biais du travail de production. Je n'ai pas la voix de Steve Walsh ou de James LaBrie ! Mais à en juger par le travail de Trent avec eux, je pouvais en conclure que Trent serait capable de trier le meilleur de ma voix. Bien sûr, Evolution of JazzRaptor porte la marque de fabrique à la fois de Trent et de Robert. Mais au niveau de la composition, les chansons sont surtout les miennes, ce qui, selon moi, donne à l'album une identité distincte des albums de Magellan. Un journaliste a écrit que Evolution of JazzRaptor sonnait moins Magellan que tout autre album produit par Gardner. Un autre a écrit que l'album attirerait probablement plus les fans de Spock's Beard que ceux de Magellan ! Je pense donc que personne ne devrait acheter cet album en s'attendant à entendre un clone de Magellan. Mais je n'ai pas répondu à votre première question ! Je pense que Trent Gardner possède un esprit musical incroyable, et que Robert Berry est l'un des musiciens les plus complets que l'on puisse trouver.

Plus généralement, quels sont les artistes qui t'ont le plus influencé et quels sont ceux que tu apprécies le plus ?

Les Beatles ont été la première et la plus importante de mes influences. Un vrai talent d'écriture musicale ! Mais j'apprécie un large éventail de musiques et de styles. En fait, il m'est difficile de trouver un genre musical que je n'aime pas. Les artistes que j'apprécie le plus en ce moment... Ani DiFranco, Jeff Buckley, Syzygy, The Letter E, Kitty Margolis, Perfect Circle, Steve Walsh, X Religion, Bill Frisell. Bon sang, la vache ! Il y a tellement de grands artistes !

Ton album est fait de nombreux styles différents comme le blues, le rock, le jazz et même la bossa nova. N'as-tu pas peur de déconcerter quelque peu tes auditeurs ? Où réside la cohérence de l'ensemble ?

Avant que l'album ne sorte, certaines personnes m'ont dit que le fait qu'il soit si varié risquait de semer la confusion parmi mon public. Ma réponse a été que je n avais pas de public ! Je ne partais de rien, et je n'avais donc personne à tromper ! Je n'ai porté de tort à personne ! Plus sérieusement, je pense que la meilleure façon de répondre à la question est de dire que je voulais que l'album soit quelque chose que je voudrais écouter moi-même. J'ai des goûts éclectiques, et donc l'album se devait d'être lui aussi éclectique. J'ai écouté des albums qui commençaient bien, mais dont chaque plage était la même que la précédente. Je ne voulais pas de cela pour mon album. Il y a des éléments qui font qu'un album est un tout. Je pense que la voix est un facteur unificateur pour un album. De même que le fait de privilégier l'aspect chanson. Je suis tout d'abord un compositeur de chansons; c'est ma priorité et je pense que c'est rare dans le prog aujourd'hui, où la virtuosité prend souvent le dessus sur les chansons. Finalement, je pense qu'il y a une couleur ou un rythme qui caractérisent un album en tant qu'unité bien mieux que ne le ferait un simple morceau. Une certaine tension, puis un relâchement. La texture de la dernière chanson crée un regain d'intérêt pour la suivante.

Comment as-tu réussi à passer de l'auto-production à la prise en charge par une maison de disques comme Muséa pour la France ?

Trent m'a écrit une lettre de recommandation et j'ai faxé le projet à Bernard Gueffier qui est le directeur de Muséa. Il a été tout de suite intéressé et m'a fait une offre. Ça s'est réellement passé aussi vite ! J'ai beaucoup apprécié mes relations avec Muséa. Je pense que c'est vraiment une très bonne compagnie.

Penses-tu que ta musique peut être considérée comme du rock progressif ? Et quelle est ta définition de ce genre de musique ?

Je ne sais pas ! Etiqueter la musique n'est pas une chose qui m intéresse particulièrement. De toute façon, personne ne semble d'accord en ce qui concerne la définition du rock progressif ! Je pense qu'il vaut mieux ne pas employer le terme rock et penser à une catégorie de musique extrêmement large. Cette musique est donc progressive, ce qui bien sûr n'est pas un facteur limitatif. Cela décrit un état d'esprit, et pas un style figé !

Quels sont tes projets ? As-tu prévu de réaliser un second JazzRaptor avec les mêmes collaborateurs ? Quelles sont les nouvelles directions que tu aimerais y explorer ?

Le second album est déjà écrit et en préparation. On retournera en studio après l'été, probablement en septembre pour l'enregistrement. L'album sera fini à la fin de l'année pour sortir début 2005. Je vais tenter de l'appeler Channeling JazzRaptor ! Sur Evolution of JazzRaptor, il y avait une douzaine de musiciens. Sur Channeling..., il n'y aura probablement que Trent, Robert et moi. C'est du moins tout ce que nous prévoyons pour l'instant. Ce sera un album très différent de Evolution of JazzRaptor, mais il m'est difficile de décrire ces différences. Il y a eu plus de collaboration au niveau de l'écriture des chansons, l'album sonnera donc peut-être plus comme celui d'un groupe. La musique sera toujours très variée, mais cette diversité sera différente de celle que l'on trouve sur Evolution of JazzRaptor.

Entretien réalisé par Jean-Guillaume LANUQUE
Questions et réponses traduites par Anne GROSJEAN

(chronique parue dans Big Bang n°53 - Mai 2004)