
PISTES :
1. Sudden Shift
2. X Transporter
3. Totally Organic
4. The Late Nite Space Show
5. Behind Closed Doors
6. Towers Of Babble
7. Fleabitten Cat
8. From Maine Nights To Sodium Lights
9. The Cumulus Corridor
10. Resolution
11. Los Endos / Hairless Heart
FORMATION :
Chris Fournier
(guitares, claviers, batterie)
FONYA
"In Flux"
États-Unis - 1994
Kinesis - 79:05
Déjà douze numéros... Big Bang fêtera effectivement en septembre prochain ses deux ans d'existence ! A cette occasion, seront offerts à nos abonnés des centaines de CD progressifs et de posters dédicacés de leurs artistes préférés; que les lecteurs clandestins nous rejoignent donc au plus vite !
En fait, le principal avantage que nous procure ce vieillissement relatif n'est pas tant d'être de plus en plus connus et reconnus que d'édifier petit à petit un humble pan de la culture progressive. L'intérêt de ce constat, pour moi rédacteur autant que pour vous lecteurs, est très simple à définir concrètement. Il suffit de prendre l'exemple de Fonya, qui nous intéresse ici particulièrement, et de remarquer que la liste de ses principales caractéristiques biographiques et musicales a été dressée dans notre deuxième numéro. Il m'est donc possible ici d'aller directement à l'essentiel. In Flux est le troisième album (en trois ans !) de Chris Fournier, sympathique multi-instrumentiste (guitare, claviers, basse et programmation rythmique), qui nous gratifia en 1992 de Wanderers Of The Neverending Night (où officiait au chant, sur quelques titres, son frère Phil) et l'année suivante de Soul Travels, pour sa part totalement instrumental.
Ces deux jalons discographiques, au regard de l'œuvre qui nous est aujourd'hui proposée, se révèlent finalement pour Fonya comme autant d'étapes nécessaires vers la maturité. Cette dernière, encore loin cependant d'être totalement exprimée, trouve effectivement en In Flux une représentation des plus savoureuses. Notre satisfaction n'est tout simplement pas totale, car on sent poindre derrière les onze présentes compositions (de 5:45 à 8:41 pour une durée moyenne de 7 minutes) un indéniable talent que Chris ne parvient pas encore à traduire complètement.
Finies en tout cas les errances musicales visitant des contrées galactiques froides et inhumaines au rythme d'une batterie programmée maladroite à souhait. In Flux fait preuve d'un grand raffinement formel tant dans la mise en son de sa composante mélodique que dans son ossature rythmique. Nous n'avons désormais plus affaire à ce peu probant mélange de musique électronique et de new-age qui, hésitant constamment entre l'un et l'autre de ces genres devenait quelque peu bâtard.
In Flux, se parant de cette cohérence stylistique tant espérée par le passé, s'affirme bel et bien comme un album résolument progressif (dans l'acception la plus courante du terme). Ce plaisant constat est peut-être la conséquence directe de la large place que Chris a conférée à ses claviers qui, de fait ont la primauté sur les autres instruments et notamment la guitare. Celle-ci, auparavant dominante, inondait les compositions par ses sonorités trop peu mélodieuses, d'une sécheresse émotionnelle assez vite lassante. L'atmosphère générale générée par la musique de Fonya est à présent empreinte d'un symphonisme positif et inspiré qui ravira certainement tous ceux ayant été séduits par le Matrix de Steve Hillman.
De plus, Chris a visiblement compris la gène (rédhibition pour beaucoup au regard des nombreux échos qui nous sont parvenus à ce sujet) que pouvaient occasionner les rythmes robotiques de sa batterie désincarnée aux tympans les plus exigeants. Un soin minutieux a donc été apporté au mixage afin que les instruments solistes (claviers chaleureux et enveloppants / guitare distante plus avare en mélodies sucrées) puissent dorénavant s'exprimer sur un tissu rythmique s'apparentant davantage à du velours qu'à une laine rêche et râpeuse.
Ainsi, bien qu'In Flux possède encore une apparence stylistique assez marquée (un 'space-rock' symphonique, prometteur car perfectible...), Fonya a gommé les principaux défauts qui amoindrissaient l'impact et la portée de sa musique. Ne serions-nous tout bonnement pas en train d'assister ces temps-ci à l'acquisition des lettres de noblesse d'une 'nouvelle' composante (digne héritière du mouvement planant des années 70) des musiques progressives dans laquelle nous pourrions répertorier Steve Hillman, Architectural Metaphor (très bon groupe américain dont nous essaierons de vous reparler bientôt), Ozric Tentacles, Soma et donc Fonya bien sûr ?
Olivier PELLETANT
P.S. : Je ne vous signale que maintenant la présence sur In Flux d'un medley (8:20) de deux titres de Genesis ("Los Endos"/"Hairless Heart", respectivement tirés de A Trick Of The Tail et The Lamb...) qui, malgré sa réussite, n'en demeure pas moins anecdotique. Je désirais simplement, par cette volontaire omission, qu'on ne réduise pas cet album, comme j'ai pu le lire dans certains catalogues, à ce qui n'est rien d'autre qu'un clin d'œil de Chris Fournier à l'un de ses groupes favoris...
(chronique parue dans Big Bang n°12 - Juillet-Août 1995)

