BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Re-enter pochette

PISTES :

1. Re-enter (7:52)
2. Fili Kudi (7:30)
3. Roofus (8:01)
4. Grandi Novità (6:47)
5. Leonardo (8:46)
6. M2 (5:58)
7. Tor Pedone (10:39)
8. Quando Ero Piccolo (4:42)
9. Magma (6:47)
10. Trastevere (6:19)

FORMATION :

Emanuele Bultrini

(guitares électrique et acoustique, e-bow, guitare synthétiseur, oud, zither, shaker)

Federico Nespola

(batterie, tabla, samples)

Luca Pietropaoli

(trompette, flugelhorn, cornet)

Stefano Vicarelli

(piano, Fender)Rhodes, Hammond C3, Moog, clavinet, synthétiseurs

Claudio Mosconi

(basse, contrebasse)

INVITÉS

Rodolfo Maltese
(guitare acoustique [4])

Marcello Allulli
(saxophone ténor [5])

Papa Yeri Samb
(djembe, shaker [2])

Angelo Valeri
(clarinette [8], saxophone ténor [2])

Stefania Grillo
(violoncelle [8])

EXTRAITS AUDIO :

FONDERIA

"Re-enter"

Italie - 2007

Vinyl Magic - 73:27

 

 

Formé en 1994, Fonderia aura attendu neuf années pour (auto)produire son premier album, trois autres pour sortir le deuxième avec le soutien d'un label et encore une pour voir son nom figurer dans Big Bang. Il est grand temps que l'on s'intéresse à cette formation italienne, louée par les mélomanes progressifs de son pays, et à son melting-pot stylistique peu orthodoxe.

Entre jazz, rock, électro, ambient, funk, world music... Re-enter semble vouloir échapper à toute classification. Ni passéiste ni tendance mais un peu des deux à la fois, Fonderia puise son inspiration dans les années 70 et dans les musiques actuelles tout en cherchant à créer son propre univers. Tirées de séances d'improvisations, les compositions, étonnamment mélodiques, sont assez linéaires, n'offrant que quelques breaks, et essentiellement axées sur le développement d'atmosphères, la plupart du temps sereines et au groove nonchalant mais laissant place à quelques accélérations. Peu de variations donc au sein d'un morceau mais un remarquable travail au niveau des arrangements et un renouvellement constant des ambiances et des textures tout au long de l'album.

Outre la faculté dont dispose Fonderia à retenir l'attention de l'auditeur en déroulant des rythmes relativement simples et figés, la clé de son succès réside dans l'utilisation conjointe d'instruments acoustiques, électriques et électroniques, établissant ainsi un pont entre tradition et modernité. Les guitares et claviers analogiques (orgue Hammond, Fender Rhodes, Moog, Clavinet) sont au centre des débats, fréquemment épaulés par une trompette jazzy ou langoureuse, mais les synthétiseurs et échantillonnages, batterie et programmations, piano, basse (absentes du premier album et qui constituent une réelle plus-value), oud, tabla, djembé, saxophone, clarinette, contrebasse, violoncelle... apportent leur pierre à l'édifice. Une pluralité de tons joliment rendue par les interventions mesurées et gorgées de feeling des musiciens, qu'il s'agisse des membres du groupe ou des invités (dont l'illustre Rodolfo Maltese de Banco pour une courte mais délicieuse prestation à la guitare acoustique).

Re-enter n'est pas du genre à impressionner ou enthousiasmer d'emblée mais la chaleur qu'il dégage, sa richesse et son raffinement incitent à rester en sa compagnie. La fusion pratiquée par Fonderia, de par son refus de tout compromis, peut certes dérouter voire déplaire mais son pouvoir hypnotique est tel qu il est difficile de lui résister. Et franchement, comment ne pas apprécier un album dont les charmes se dévoilent progressivement ?

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°67 - Automne 2007)