BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

A Sequence Of Moments pochette

PISTES :

1. Why Are We Whispering? (10;23)
2. Out Of The Dark (7:42)
3. A Sequence Of Moments (8:46)
4. The Realisation (5:55)
5. Is This Enlightenment? (6:25)
6. Into falling Stars (6:23)
7. All In The Winds (9:05)
8. The Lost Satellites (8:44)
9. Above This Fractured Earth (8:37)

FORMATION :

Ali Ferguson

(guitares, chant, claviers, programmation)

Chris Agnew

(basse)

Lawrie Macmillan

(basse)

Liam Saunders

(claviers)

Kim Shepherd

(choeurs)

Duncan Ferguson

(cordes)

Kerstie Barr, Scott Spence, Amelie Spence, Carolyn Reid, Finlay Reid, Isla Reid, Francesca Reid, Nadia Czajkowska

(mots parlés)

Ali FERGUSON

"A Sequence Of Moments"

Royaume-Uni - 2016

Autoproduction - 72:07

 

 

Si, pour l'heure, Ali Ferguson est plus connu en tant que guitariste du groupe de scène de Ray Wilson, éphémère chanteur de Genesis est-il besoin de le rappeler, il devrait dorénavant faire parler de lui pour des raisons plus personnelles. Auteur d'un premier album solo en 2011, dont peu d'entre nous avaient noté l'existence, le musicien écossais a remis le couvert en début d'année pour ce A Sequence Of Moments qui a bien failli connaître le même sort que son devancier. Il aura fallu qu'un client de Cosmos Music m'invite prestement à découvrir cet artiste pour qu'Ali Ferguson devienne enfin une réalité pour moi.

Nul besoin de tergiverser, l'univers musical découvert ici doit beaucoup à celui de Pink Floyd, et il est utile d'en prendre conscience avant d'aller plus loin dans la découverte de ce nouvel album. Ali Ferguson mâtine certes son progressif atmosphérique d'éléments personnels (électro et ethniques notamment), mais il déclare bel et bien son amour pour le groupe de David Gilmour tout au long de A Sequence Of Moments. Constitué de 9 morceaux (de 5:55 à 10:23), ce dernier polarise clairement le jugement qu'on peut émettre à son sujet. Les albums "à la manière de" suscitent en effet parfois des avis négatifs voire rédhibitoires chez certains, et il est évident que, pour ceux-ci, la musique présentée ici n'aura que peu d'intérêt.

Pour les autres, prêts à découvrir cette oeuvre cinématique inspirée, le voyage est plaisant et délicat. Pas de réelles montagnes russes émotionnelles, mais un survol en montgolfière de paysages sonores automnaux conduit par la guitare 'gilmourienne' de Ali Ferguson. Du Floyd, on retrouve donc certaines senteurs découvertes il y a fort longtemps sur Wish You Were Here ("All In The Winds") ou Meddle, mais A Sequence Of Moments ne rechigne pas non plus à s'imiscer au coeur d'univers musicaux cousins, plus modernes, comme ceux de Airbag ou de RPWL. Les quelques décorations électro, évoquées plus haut, renvoient également aux atmosphères futuristes de Mike Oldfield sur The Songs Of Distant Earth ("Is This Enlightenment ?") ou aux boucles synthétiques de Tangerine Dream ou Klaus Schulze ("All The Winds").

L'inspiration mélodique étant au rendez-vous, ce qui valide le plus souvent la réussite de ce genre d'album, l'auditeur se laisse happer par ces tapis synthétiques que Ferguson vient découdre de sa guitare aérienne. L'absence de réelles acrobaties instrumentales, qui n'est pas pour autant le corollaire d'une musique unidimentionnelle, est certes à noter, mais la sophistication des arrangements (orchestrations, bruitages et paroles récitées) offre des ambiances kaléidoscopiques.

Quant au chant de Ferguson, lui aussi très 'gilmourien', il a l'heur de se voir régulièrement accompagné ou supplanté par les voix délicieuses de Kim Shepherd et Kerstie Barr. Cette dualité vocale s'avère un autre atout de A Sequence Of Moments, qui s'écoule, sans paradoxe aucun, avec quiétude mais intensité.

Ali Ferguson, une fois les présentations effectuées, c'est-à-dire les mises en garde évacuées, mérite d'être honoré pour cette oeuvre de toute beauté, dont on aura même pour une fois à peine envie de regretter la trop grande durée. On n'ose ainsi imaginer le succès commercial et critique qu'aurait rencontré cet album si, en lieu et place de Rattle That Lock, il avait été signé David Gilmour...

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°97 - Novembre 2016)