BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Attack Of The Martians pochette

PISTES :

1. Star Power (7:36)
2. Sputnik (7:08)
3. Attack Of The Martians (10:41)
Part 1: Flying Saucers & Little Green Men
Part 2: The Face On Mars
Part 3: Martians Everywhere !
4. Forbidden Planet (14:09)
Part 1: The Arrival (Innocence Lost)
Part 2: The Intruder
Part 3: The Krell
Part 4: The Tempest/The Departure
5. The Enemy Of My Enemy (6:06)

FORMATION :

Bill Noland

(basse)

Madeleine Noland

(claviers)

Mark Cella

(batterie)

Derek Roebuck

(claviers)

ECCENTRIC ORBIT

"Attack Of The Martians"

États-Unis - 2004

Autoprod. - 45:47

 

 

Vous avez aimé Syrinx l'an dernier ? Oui, c'était un très bon album, mais tout ce côté intellectuello-mystico-pouêt-pouêt ainsi que ce pseudo mystère autour de l'anonymat des musiciens vous avait, à vous aussi, sérieusement gonflé ?! Et bien, ne bougez plus, voici Eccentric Orbit, et il est fait pour vous ! Les deux groupes évoluent dans un univers formellement similaire : de longs morceaux instrumentaux dénués de guitares électriques, une forte présence rythmique et des claviers à mi-chemin entre revival 70's analogique et plans futuristes. Pourtant à la différence du groupe français, le quatuor américain a décidé de ne pas se prendre la tête, ni celles de ses potentiels auditeurs et préfère s'inspirer d'un sujet des plus légers (et qui, personnellement, me réjouit au plus haut point !), à savoir, ces bons vieux films de science fiction des années 50 !! Ah ! ces extra-terrestres belliqueux, ces soucoupes volantes menaçantes aux rayons laser dévastateurs, Robbie le robot, ces métaphores à peine subtiles à la peur de l'invasion communiste etc., ça a quand même plus de charme que l'étalage mystique proposé par Syrinx, non ?

Bon, j'arrêterai là les comparaisons entre les deux groupes car il est plus que probable qu'Eccentric Orbit n'ait jamais entendu parler de Syrinx, cela dit elles doivent vous donner une vue assez globale de Attack Of The Martians... Non, ce quatuor, basé dans le Massachusetts semble bien plus influencé par les années 70 agrémentées par cette touche caractéristique, «rétro-futuriste», des films dont il s'inspire.

Si Attack Of The Martians est une réussite (vous l'aviez compris, non ?), ce ne devrait pas être une surprise car Eccentric Orbit n'est pas vraiment constitué d'inconnus ou, tout du moins, de débutants. Le plus connu de ces membres n'est autre que le batteur Mark Cella, la moitié du duo Pye Fyte, autre groupe fortement inspiré des 70's, mais le bassiste Bill Noland et «l'opératrice sur MIDI Wind Controler» Madeleine Noland sont aussi déjà apparus sur disque puisqu'ils sont présents sur les deux albums hommage (Giant Tracks et Giant For A Life) à Gentle Giant (au saxophone pour Madeleine). Quant au claviériste Derek Roebuck, il doit être ce qu'il conviendrait d'appeler un virtuose puisqu'il est diplômé de la fameuse Berklee School. Ce qui marque le plus à l'écoute de Attack Of The Martians, ce ne sont pas ces claviers multiples mais la basse de Bill Noland, par ailleurs leader et compositeur de la totalité de l'album. Il faut avouer que cette basse aux sons multiples et variés fait plus que nous faire oublier l'absence de guitare. Quel plaisir de découvrir ces sons tour à tour stertoreux puis plus feutrés de cet instrument qui, souvent, sort de son rôle strictement rythmique, comme lors de ce magnifique passage de «Forbidden Planet» (14:09) (un film phare de l'époque qu'ils ne pouvaient pas manquer !) sur lequel il évolue, fretless, sur fond de piano acoustique et nappes synthétiques issues des fameux «Wind-controlled synthesizers». Une basse si présente et parfois si puissante que des relents de Zeulh habitent le titre conclusif «The Enemy Of My Enemy» (6.06). Un très bon bassiste qui nous ferait presque oublier la justesse de la frappe de Mark Cella !

Pour sa part, outre sa «clarinette électronique», Madeleine officie également aux claviers, dont de superbes parties de Mellotron. Cet instrument, ô combien roi du rock progressif, est des plus présents sur la longueur de l'album, lui apportant une touche de «sombritude» pas très éloignée d'Änglagård, par moment, surtout lorsque la basse, toujours elle, se fait plus ronflante que jamais. Malheureusement, on se demande pourquoi elle ne se sert pas sur cet album de son saxophone (elle fait partie du Boston Ballet Orchestra), ce qui aurait permis de varier encore un peu plus les sons... On peut penser que le groupe ne voulait pas sortir de l'aspect «rétro-futuriste» cité plus haut... Aspect donnant un évident sens spatial à l'ensemble qui finirait par faire parfois sonner Eccentric Orbit comme le Tangerine Dream de Ricochet ou de Stratosfear mais avec le soutien solide d'une section rythmique en fer forgé ! Reste, enfin, cette profusion de claviers analogiques, parfois virtuoses, surtout lorsqu'il s'agit de l'orgue Hammond, parfois plus calmes et délicats lorsqu'il s'agit du piano acoustique. Sur la superbe partie centrale de «Attack Of The Martians» (10:41), le morceau, Derek Roebuck apporte une légère touche jazzy, tout à fait jubilatoire, et nous montre l'étendue de son talent au piano électrique. D'ailleurs, lors de l'introduction de ce même titre, c'est au clavinet qu'il office, et là, je suis aux anges ! Des claviers très présents, donc, mais qui ne tombent jamais dans l'esbroufe et la démonstration; de plus, ils restent toujours au service de la mélodie, ce qui rapproche d'ailleurs Eccentric Orbit plus des groupes transalpins à dominante claviers que demeurent Le Orme ou Metamorphosi que de ELP, Trace ou Triumvirat, ceci s'ajoutant au fait que le côté inspiré de la musique classique soit ici des plus discrets.

Voilà un groupe maîtrisant parfaitement son propos, un groupe qui réussit, au-delà du balisage apparent de ses influences, à tirer une certaine singularité de ce même propos, bref un groupe des plus intéressants que je ne saurais que trop vous conseiller... Je finirai en ajoutant que je serai leur tout premier client si leur prochain album est inspiré des films de zombies des années 70 !!

Fabien CLAIR

(chronique parue dans Big Bang n°54 - Juillet 2004)