BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

ACT 1
1. Scene One : Regression (2:06)
2. Scene Two : I. Overture 1928 (3:37)
3. II. Strange Deja Vu (5:13)
4. Scene Three : I. Through My Words (1:02)
5. II. Fatal Tragedy (6:49)
6. Scene Four : Beyond This Life (11:22)
7. Scene Five : Through Her Eyes (5:29)
ACT 2
8. Scene Six : Home (12:53)
9. Scene Seven : I. The Dance Of Eternity (6:13)
10. II. One Last Time (3:47)
11. Scene Eight : The Spirit Carries On (6:38)
12. Scene Nine : Finally Free (12:00)

FORMATION :

James LaBrie

(chant, percussions)

John Myung

(basse)

John Petrucci

(guitare, chœurs)

Mike Portnoy

(batterie, chœurs)

Jordan Rudess

(claviers)

INVITÉS

Theresa Thomason
(chœurs [7,11])

Chœur de Gospel [11]

DREAM THEATER

"Metropolis Pt 2 : Scenes From A Memory"

États-Unis - 1999

Warner - 77:12

 

 

Quoi qu'ait pu faire le Théâtre du Rêve depuis 1992, tous les fans, tous les critiques rock gardaient en point de référence l'album Images And Words paru cette année-la. Aujourd'hui, les compteurs peuvent être remis à zéro : la nouvelle référence absolue du groupe s'appelle Scenes From A Memory.

A la rédaction de Big Bang, nous avions plutôt bien aimé l'album précédent, et nous n'étions manifestement pas loin d'être les seuls... En dépit de deux ou trois titres a caractère vaguement commercial, Dream Theater y montrait un visage très progressif qui tranchait notablement avec ses réalisations antérieures. Avec ce nouvel album, très attendu, le quintette américain confirme au plus haut point son statut de maître incontesté du hard-progressif. Et réalise un véritable chef-d'œuvre ! Il parvient en effet à la symbiose parfaite d'un hard complexe avec une dynamique symphonique éblouissante. Les amateurs de hard comme ceux de progressif - à tendance musclée, avouons-le - devraient donc se fédérer autour de ce CD rempli (presque) jusqu'au dernier octet...

Comment expliquer, ou du moins tenter de trouver une explication à un tel résultat ? D'abord, il est évident que Jordan Rudess, en intégrant le groupe, s'y révèle somptueux, et fait oublier tous ses prédécesseurs au poste de claviériste. Jamais on a entendu autant de piano, de solos de synthé (qui sonnent parfois, a l'instar de ce qu'a fait Jens Johansson sur le dernier Mastermind, comme une guitare électrique) dans l'œuvre du Dream. Sans parler des arrangements purement symphoniques qui lui sont dus, en particulier sur les chœurs féminins.

Ensuite, l'expérience du Liquid Tension Experiment (qui, rappelons-le pour les étourdis, est un projet constitué par Mike Portnoy, John Petrucci, Jordan Rudess et Tony Levin) a vraisemblablement décuplé les capacités créatrices du trio majeur de Dream Theater. Quelle cohésion, quelle inventivité, quelle technique, lors des séquences instrumentales (nombreuses) qui abondent sur l'album.

Enfin, justement, le déséquilibre entre parties instrumentales et chantées (avec un James LaBrie dans ses meilleurs jours) va en faveur des premières, ce qui permet sans doute au concept (assez passionnant, mais je vous en laisse la découverte) de s'écouler avec plus de fluidité, et permet à cet album de s'écouter d'une traite sans aucune difficulté.

Séparé en deux actes (cinq morceaux de 2:06 a 11:22 pour le premier, quatre de 6:38 a 12:53 pour le second), Scenes From a Memory ne subit pourtant quasiment aucune coupure, et pas non plus de temps mort à signaler. Si l'amateur de progressif pourra (un peu) regretter quelques écarts très directement hard au cours de l'acte I, l'acte II est pour sa part un sans-faute. Que ce soit l'ambiance orientale (avec sitar) de «Home» ou les joutes sans fin de «The Dance of Eternity» / «One Last Time», on assiste médusé à une succession de morceaux de bravoure. Mention toute spéciale a la fabuleuse ballade «The Spirit Carries On», qui culmine avec l'apparition de chœurs féminins (écoute au casque recommandée pour augmenter les grands frissons), un titre très 'floydien' où James LaBrie se fait particulièrement touchant et John Petrucci nous inonde d'un solo lyrique et débridé à la fois. Seconde mention spéciale au titre de conclusion «Home», dont le passage mêlant bruitages terribles (verre brisé, lutte, coups de feu) à une musique d'une extrême tension est d'une violence indescriptible, et qui s'achève par une prouesse de plus du tentaculaire Mike Portnoy a la batterie : ses compagnons assurant la base du morceau tandis qu'il crée une partition quasi soliste d'une extrême richesse (à noter l'emploi très épisodique - ouf ! - de la double pédale de grosse caisse). Autant dire qu'après ce morceau, on n'a qu'une envie : remettre le lecteur en marche !!!

Dream Theater vient de frapper un très grand coup. Avec cet album, le genre hard-progressif acquiert ses plus belles lettres de noblesse. Et Dream Theater laisse encore loin derrière tous ses prétendants... PLAY IT LOUD !

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°34 - Mars 2000)