BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. A Fortune In Lies (5:13)
2. Status Seeker (4:18)
3. Ytse Jam (5:46)
4. The Killing Hand (8:42)
5. Light Fuse And Get Away (7:24)
6. Afterlife (5:27)
7. The Ones Who Help to Set the Sun (8:05)
8. Only A Matter of Time (6:36)

FORMATION :

Charlie Dominici

(chant)

John Myung

(basse)

John Petrucci

(guitares)

Mike Portnoy

(batterie, percussions)

Kevin Moore

(claviers)

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PISTES :

1. Pull Me Under (8:14)
2. Another Day (4:23)
3. Take The Time (8:21)
4. Surrounded (5:30)
5. Metropolis - Pt. I "The Miracle And The Sleeper" (9:32)
6. Under A Glass Moon (7:03)
7. Wait For Sleep (2:31)
8. Learning To Live (11:30)

FORMATION :

James LaBrie

(chant)

John Myung

(basse)

John Petrucci

(guitares)

Mike Portnoy

(batterie, percussions)

Kevin Moore

(claviers)

----------------------------------------------


PISTES :

1. 6:00 (5:31)
2. Caught In A Web (5:28)
3. Innocence Faded (5:43)
4. Erotomania (6:45)
5. Voices (9:53)
6. The Silent Man (3:48)
7. The Mirror (6:45)
8. Lie (6:34)
9. Lifting Shadows Off A Dream (6:05)
10. Scarred (11:00)
11. Space-Dye Vest (7:29)

FORMATION :

James LaBrie

(chant)

John Myung

(basse)

John Petrucci

(guitares)

Mike Portnoy

(batterie, percussions)

Kevin Moore

(claviers)

DREAM THEATER

"When Dream And Day Unite"

Etats-Unis - 1989 - Eastwest - 51:31

"Images And Words"

1992 - AtCo - 57:07

"Awake"

1994 - Eastwest - 75:01

 

 

En l'espace de trois albums et un 'live', Dream Theater aura suscité à son égard nombre de controverses, illustrant par là même les divergences d'opinions à l'égard du hard-progressif. Trop technique, trop démonstratif pour certains; folie débridée et maîtrisée pour d'autres : la musique du groupe ne laisse en tout cas personne indifférent.

Enfin, Dream Theater a effrayé certains amateurs de musiques progressives réfractaires au hard-progressif en clamant haut et fort son affiliation au mouvement progressif, citant régulièrement Yes, Rush, Kansas ou Marillion parmi ses influences les plus importantes. Mieux encore, ses revendications progressives, par interviews interposées, se sont faites plus fortes depuis la sortie de son second disque, les musiciens déclarant n'avoir que faire de ce que pouvaient bien penser les groupes de heavy-metal de leur musique, et qu'ils préféraient largement entendre Yes ou Queensryche les complimenter pour leur musique.

Il n'en fallut pas moins pour que la presse à grand tirage fasse de Dream Theater le fer de lance d'un renouveau progressif, étant le seul groupe à succès à se réclamer du genre maudit.

Né en 1985 de l'association d'ex-étudiants de la fameuse 'Berklee School Of Music' de Boston (réputée pour produire à échelle industrielle des 'guitar-heroes'), John Petrucci (guitares), John Myung (basse) et Mike Portnoy (batterie), rejoints peu après par Kevin Moore (claviers) et un peu plus tard par Charlie Dominici (chant), Dream Theater enregistra en 1988 son premier album, When Dream And Day Unite.

Avec ce disque, le groupe jette les bases d'un style très technique, avec des compositions mettant prioritairement en valeur la maîtrise instrumentale parfaite des musiciens. De ce premier opus encore immature, trois morceaux sortent du lot : "A Fortune In Lies", "The Ytse Jam" (dont le nom provient de Majesty, premier patronyme du groupe, écrit à l'envers) et "The Killing Hand". Au sein de ce volcan en éruption permanente, les parties de claviers (au nombre desquelles quelques solos débridés - démonstration oblige !) viennent aérer quelque peu des compositions denses et très musclées.

Le chant, par contre, manque d'ampleur. Cela ne durera pas : Dominici est vite évincé, tant du fait de son peu d'attrait pour le progressif que de par sa présence scénique déficiente

Passé un peu inaperçu à l'époque, When Dream And Day Unite permet néanmoins au groupe de se faire remarquer par Derek Shulman, ex-chanteur de Gentle Giant devenu directeur artistique chez AtCo, qui flaire un possible succès.

Un nouveau chanteur, James LaBrie, est alors recruté, alors que la composition du second album, en est à un stade avancé (elle aura en tout duré plus de trois ans !). Bénéficiant du soutien actif d'AtCo, Dream Theater connaît ensuite le succès que l'on sait.

Images And Words confirme le caractère très technique des compositions ("Metropolis", "Take The Time"). Cependant, la recherche mélodique s'est accentuée, les claviers gagnant encore en présence, et enrichissant même les compositions de solos doublés avec la guitare de Petrucci, dont l'effet est pour le moins spectaculaire.

Ces parties de guitare, justement, s'avèrent plus recherchées, plus originales, plus variées que sur le premier album. Quant au petit nouveau, James LaBrie, il fait montre d'une voix claire, aux variations multiples, maniérée certes, mais aussi intimiste et chaleureuse, qui correspond parfaitement à ce dont le groupe avait besoin.

Devant tant de qualités, il fallait une déception. Elle vient d'un titre, "Another Day", seul morceau qui ne reflète pas l'identité du groupe, trop clairement 'calibré' pour les radios, et bien faible en comparaison des autres titres. Quant à la production, elle est impressionnante, bien que la batterie aux sons samplés de Portnoy (qui en a joué toutes les parties, cependant) possède un son trop synthétique. Malgré ces quelques défauts, Images And Words est incontestablement une pièce maîtresse du genre hard-progressif. John Myung va même plus loin en estimant qu'il sera impossible pour Dream Theater de faire mieux, ne pouvant pas bénéficier à nouveau d'une aussi longue période pour peaufiner un album.

Quelques mois plus tard sort Live At The Marquee, prévu au départ pour être un mini-album vendu à prix coûtant afin de remercier le public de sa fidélité, mais qui dure finalement plus de 47 minutes (sa présentation minimaliste permet de le vendre à bas prix). Cet album live témoigne de la sûreté du groupe sur scène, s'adonnant à des improvisations très réussies, d'autant plus impressionnantes que les seuls 'overdubs' réalisés concernent le chant (LaBrie n'était manifestement pas 'en voix' ce soir-là ...).

A peine deux années se sont-elles écoulées depuis Images And Words que sort le troisième album studio de Dream Theater, Awake.

A l'évidence, le groupe n'a pas eu le temps de travailler ses morceaux autant qu'il avait pu le faire pour le précédent. Bien moins mélodique, ce disque retombe en partie dans la démonstration gratuite. Les claviers, relégués au second plan, ne sont plus guère utilisés comme solistes. La rythmique est excessivement en avant - bien que la batterie, plus forte et technique que jamais, retrouve un son plus naturel et plus grave. La guitare est plus souvent utilisée en rythmique, et ses chorus sont plus techniques que mélodiques. Enfin, le ton beaucoup plus sombre de l'album est accentué par la voix de LaBrie, souvent rauque et grave.

La production contribue d'ailleurs fortement à faire du disque un album bien plus marqué 'heavy' que le précédent, sans pour autant que son caractère progressif puisse être discuté. Il en résulte une certaine dichotomie entre compositions et production, qui n'apparaissait pas sur les disques précédents.

Seule la partie centrale de l'album, à partir de la suite en trois parties "A Mind Beside Itself" (20 minutes) - présentée au verso du CD comme trois morceaux indépendants - jusqu'à "Scarred", s'avère d'une qualité homogène, avec notamment les excellents "Lifting Shadows Off A Dream" et "Scarred". Les trois premiers titres, plus conventionnels et moins riches, s'avèrent d'un intérêt limité; quant au dernier, "Space-Dye-Vest", composé par le seul Kevin Moore, il clôt un peu artificiellement l'album avec sa (jolie) mélodie au piano.

Ce manque de cohérence n'est pourtant pas total, puisqu'en écoutant attentivement l'album, on décèle ça et là des citations mélodiques tirées d'autres morceaux, l'instrumental "Erotomania" les rassemblant toutes, ainsi qu'une section centrale néo-classique des plus intéressantes.

A la fin de l'enregistrement, Kevin Moore a quitté Dream Theater "du fait de divergences musicales". On veut bien le croire lorsque le claviériste dissident déclare vouloir jouer désormais de la techno... Après qu'il fût remplacé le temps d'un concert par Jordan Rudess (qui a finalement opté pour les Dixie Dregs), sa succession a été prise par Derek Sheranian (ex-Kiss et Alice Cooper), sans qu'on sache s'il fait définitivement partie du groupe, ni s'il prendra part à la composition du prochain album. Ce qui paraît impératif pour que la musique de Dream Theater conserve son caractère progressif...

Emmanuel TRIAU et Daniel BEZIZ, avec Arnaud ASTREOUD

(chronique parue dans Big Bang n°13 - Septembre/Octobre 1995)