BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Technology And Industry (5:16)
2. Familiar Winds (12:12)
3. Forbidden By Rule (8:00)
4. Reflections From The Firepool (9:30)
5. Province 19: The Visage of War (8:13)
6. Shaman's Descent (7:33)
7. Jammin' At Mike & J's (14:13)
8. Run Cerberus Run (9:24)

FORMATION :

Gayle Ellett

(guitares électrique, claviers, effets)

Mike Henderson

(guitare électrique)

Chuck Oken, Jr.

(batterie, claviers, effets)

Henry J. Osborne

(basse)

EXTRAITS AUDIO :

DJAM KARET

"Live At Orion"

États-Unis - 1999

Cuneiform - 74:42

 

 

Les albums live sont souvent perçus, et à juste titre, comme destinés aux fans les plus inconditionnels ou, à l'inverse, à ceux qui en font l'usage d'un 'best of définitif ou de redécouverte. Au prix du CD, il est vrai que l'acquisition d'une collection de morceaux venant en double-emploi de leur version studio est difficilement justifiable par l'ambiance du public, rarement très fourni.

Ceci dit, il faut bien reconnaître que certaines formations ne sont jamais aussi bonnes que durant leurs prestations scéniques. La musique enregistrée alors a le privilège de les révéler à leur meilleur niveau. Ce fut par exemple le cas, il y a quelques temps, du superbe live d'Anekdoten au Japon. C'est aujourd'hui le tour de Djam Karet de rappeler à l'auditoire progressif qu'il est un groupe potentiellement supérieur à ce que sa discographie laisse transparaître (en dépit des qualités qui y sont pourtant développées).

Bien sûr, le quatuor américain put jouir d'une bonne réputation en un temps ingrat où le mouvement progressif sortait à peine du creux de la vague. En particulier, sa double approche de l'improvisation (musclée ou apaisée) séduisait alors par son originalité.

Aujourd'hui, concurrence oblige, les longueurs et l'aridité mélodique de sa musique ont eu tendance à laisser Djam Karet quelque peu à l'écart, même si ses expériences de collaborations new-age (Collaborator, en 1994), ainsi que les efforts pour structurer davantage sa musique sur son dernier album studio (The Devouring, en 1997) témoignaient d'une volonté évidente de retrouver une place en première ligne.

Même si l'évolution du groupe va effectivement dans le bon sens, l'entrevue que nous accorda il y a deux ans Henry Osborne laisse rétrospectivement un peu perplexe quant à sa lucidité; heureusement, son orgueil est en fait plutôt salutaire. Si le bassiste ne concède aucune faute sur l'itinéraire de son groupe, ce nouvel album confirme que celui-ci s'échine bel et bien à corriger ce que la plupart d'entre nous avions perçu comme telles. Seulement, en assumant la totalité de son passé (même si Suspension And Displacement n'est pas représenté, tous les ingrédients habituels sont mis en œuvre), il reforge son identité. A l'inverse de Suspension... et Burning The Hard City (parus conjointement en 1991), où les vecteurs de son inspiration étaient développés séparément et accentuaient notre ennui, ils sont ici judicieusement alternés.

Le choix du répertoire n'est de plus pas seul à engendrer ces heureux contrastes. La volonté des Américains de multiplier les couleurs instrumentales (notamment en prolongeant la présence accrue des claviers, constatée sur The Devouring, mais aussi en trouvant des tonalités plus chatoyantes) et d'étoffer la part écrite de ses morceaux renforce cette impression de diversité dans une musique qui reste fondée sur la recherche collective de formes spontanées.

Bien sûr, on peut toujours arguer que les divergences observées avec les versions d'origine ne sont pas forcément la garantie de trouvailles nées de l'instant, mais peuvent, tout aussi bien être le fruit des multiples répétitions qui ont précédé. Peu importe, seul le résultat compte, et il est tout à l'avantage du groupe. L'énergie dont il fait preuve sur scène se double d'une force de conviction qui galvanise totalement les transes successives. A l'inverse d'autres 'live', ce sont les applaudissements du public qui font redescendre la température ! Même le son profite du naturel, s'avérant supérieur aux partis pris des enregistrements antérieurs.

Bref ce bilan rétrospectif est assurément un sommet, et l'on ne saurait que trop le conseiller tant aux amateurs du groupe qu'à ceux qui le boudent jusqu'à présent.

Djam Karet mérite en effet désormais un public au moins aussi conséquent (ce qui reste malheureusement relatif en matière de progressif) que celui d'Ozric Tentacles, avec qui, dans l'esprit, il demeure assez proche. La où la recette des Anglais déjantés semble donner des signes d'essoufflement, il lui est désormais possible de reprendre une place de choix.

Nul ne peut aujourd'hui prédire son évolution, ni même s'il pourra encore compter sur la totalité de ses membres. Il nous appartient encore moins de lui dicter sa conduite; mais il nous est par contre permis d'espérer que nos réactions ne lui seront pas indifférentes.

Souhaitons alors qu'il tire le meilleur parti de la réussite de cette expérience en enregistrant, par exemple, ses prochaines étapes discographiques dans des conditions les plus proches possibles du concert. En tout cas, au regard de son cheminement, nous ne pouvons que lui accorder notre confiance.

Laurent MÉTAYER

(chronique parue dans Big Bang n°31 - Juillet 1999)