BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Are We One ? (5:47)
2. States Of Deception (5:39)
3. Over Your Shoulder (6:43)
4. Only Fooling (8:18)
5. Awful Love (4:42)
6. Counting (5:22)
7. I Buy Silence (5:50)
8. Valley Of The Kings (6:03)
9. Tell Me Your Name (4:42)
10. Anybody (6:18)

FORMATION :

David Cross

(violon, claviers)

Arch Stanton

(chant)

Lloyd

(batterie)

Mick Paul

(basse)

Paul Clark

(guitare)

DAVID CROSS

"Closer Than Skin"

Royaume-Uni - 2005

Noisy Records - 59:29

 

 

Pour tous ceux qui, au fond de la classe, ignoreraient ces perles du progressif que sont Larks' Tongues in Aspic, Starless And Bible Black et Red de King Crimson, David Cross est le violoniste qui complétait le trio Fripp-Wetton-Bruford lors de ce que beaucoup considèrent comme l'âge d'or du groupe. Après avoir réalisé plusieurs albums en solo, dont le remarqué Exiles en 1996, il livre ce Closer Than Skin aux fortes réminiscences du Roi Pourpre (un clin-d'œil au riff de «Larks' Tongues in Aspic» figure même sur «Awful Love» et «Tell Me Your Name»), produit sur son propre label. Les paroles sont d'ailleurs l'œuvre de Richard Palmer-James, qui avait lui aussi travaillé pour King Crimson entre 1972 et 1974. Le sens des contrastes et la guitare parfois frippienne, souvent lourde et oppressante (tout comme la section rythmique, assez brute), sont également des éléments évocateurs de cette période nostalgique du progressif («Only Fooling» fait pour sa part parfois plutôt penser à l'époque Discipline).

Autour de David Cross, on trouve le bassiste Mick Paul, le guitariste Paul Clark, le chanteur Arch Stanton et le batteur Lloyd [sic], David Cross prenant en charge, outre le violon, les claviers. Les dix morceaux, aux durées comprises entre cinq et huit minutes, distillent une musique lancinante et très ethnique, arabisante en particulier («Over Your Shoulder», «I Buy Silence»), qui parfois se mue en rock plus agressif («Valley of the Kings», ou le contraste entre les couplets de «Anybody» et un refrain beaucoup plus doux et ensorcelant, avec un beau travail sur les voix). Tous chantés, avec une voix plutôt monocorde et ayant tendance à répéter les mêmes lignes vocales, ce qui ne les empêche pas de rester mélodiques («Are We One ?» ou «Anybody», même si la justesse est limite sur «States of Deception»), ils intègrent bien sûr de larges développements instrumentaux. Et c'est là le principal attrait de l'album, pour le violon surtout : abondamment présent dans les arrangements, avec un son clair et des parties plus mélodiques et délicates, il se lance systématiquement dans des soli beaucoup plus torturés et grinçants, les sonorités tourbillonnant jusqu'à nous hypnotiser littéralement; on assiste même à des duos et des accouplements avec la guitare électrique tout simplement étourdissants, véritable alchimie infernale... («Only Fooling», «Tell Me Your Name», «Anybody»). La section rythmique est particulièrement solide, avec une batterie appuyée et une basse active, tandis que la guitare électrique s'avère le second instrument soliste remarqué, avec de très beaux soli («Valley of the Kings»); seuls les claviers ont un rôle d'accompagnement limité.

Bref, peu de choses à reprocher à cet album enivrant et dense, qui contient même un morceau plus accessible que les autres («Counting», qui remplit le rôle d'un «Nothing to Lose» sur le Danger Money d'UK), une œuvre qui vous pénètre au fil des écoutes, et figurera certainement en bonne place dans les classements de fin d'année de ceux qui se seront laissés tenter...

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°60 - Décembre 2005)