BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Odd Job (11:39)
2. Kagee Ga Kieru (8:18)
3. Shortwave From Outer Space (2:52)
4. Frost And Fire (12:31)
5. Récit (28:18)
6. Kinzoku No Taiji (8:38)

FORMATION :

Kido Natsuki

(guitare, orgue, synthétiseurs)

Okabe Youichi

(batterie, percussions)

Ohtsubo Hirohiko

(basse)

Takara Kumiko

(vibraphone, percussions)

Katsui Yuji

(violon, chant, samples)

BONDAGE FRUIT

"III / Récit"

Japon - 1997

Maboroshi No Sekai - 72:20

 

 

Après deux albums situés globalement dans la lignée de l'école post-'zeuhl' japonaise, ce groupe au patronyme pour le moins intriguant (...) a su ne pas se répéter avec cette nouvelle réalisation, enregistrée sur scène en juillet de l'année dernière. Pas de répétition, c'est certain. On peut même parler d'un véritable tournant musical.

Exit en effet les schémas trop typiquement magmaïens (chœurs féminins scandés, basse grondante, synthés à la Widemann...), l'art musical de Bondage Fruit présente désormais un visage beaucoup plus épuré. Si les effets de transe rythmique par la répétition obessionnelle de motifs mélodiques, chère à Christian Vander, demeurent, la forme est parfois étonnamment proche du King Crimson de 1973-74 dans ses moments les plus audacieux («Fracture» ou plus généralement les improvisations du coffret Great Deceiver).

L'instrumentation même présente d'ailleurs de fortes similitudes puisque le violon de Yuji Katsui et la guitare de Natsuki Kido y tiennent une place centrale. La principale différence tient à l'utilisation du vibraphone (Kumiko Takara), qui offre un contrepoint intéressant aux dialogues des deux solistes, évoquant immanquablement le travail d'un Pierre Moerlen quand l'atmosphère se fait plus apaisée (le très beau et atypique «Kagee Ga Kieru»).

Laissant une large place à l'improvisation, les six compositions de Récit s'étirent parfois sur des longueurs importantes (entre huit et douze minutes), même si paradoxalement la plus longue (et de loin puisqu'elle dure près d'une demi-heure !) est aussi l'une des plus denses. Le tout étant sous-tendu par un travail rythmique aussi intense que précis, lui aussi évocateur de formations nippones comme Happy Family.

Certains regretteront évidemment le passage au second plan de l'influence de Magma, ou une certaine absence de folie (quoique...), d'autres se réjouiront au contraire de l'esprit plus typiquement progressif qui imprègne désormais le discours de Bondage Fruit. Sans être une œuvre majeure du genre, Récit est en tout cas un album qui tient en haleine pendant plus d'une heure grâce à une musique intense et impeccablement exécutée. Ce qui n'est déjà pas si courant...

Aymeric LEROY & Jérôme SCHMIDT

(chronique parue dans Big Bang n°24 - Janvier-Février 1998)