BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Infini pochette

PISTES :

1. Toon Town (4:18)
2. Somnambule (3:50)
3. Carnavalse (4:12)
4. Fée D'Hiver (4:16)
5. L'astre Au Gnôme (3:43)
6. Electroll (4:30)
7. Goodbye Cocoon (4:33)
8. Noon On The Moon (3:59)
9. Ciel-Ether (4:22)
10. Etoile Des Manèges (3:13)
11. Passages à Nouveau (5:07)
12. Infinitude (9:44)

FORMATION :

Jean-Pascal Boffo

(guitares, séquences, claviers, samples, boucles)

EXTRAITS AUDIO :

JEAN-PASCAL BOFFO

"Infini"

France - 2004

Muséa - 55:48

 

 

Ce qu'il y a d'intéressant avec Jean-Pascal Boffo, c'est que l'on est certain, à chaque nouvelle production, d'avoir quelque chose d'entièrement inédit. L'artiste s'interdisant les redites, ne foule jamais deux fois le même sentier musical. En revanche, cette richesse stylistique induit un manque de lisibilité certain dans son œuvre, si bien que les fans de Jean-Pascal Boffo ne doivent plus savoir sur quel pied ils vont bien pouvoir danser... Et ça, c'est peut-être déjà moins intéressant ?!? En effet, l'art du guitariste lorrain est tellement imprévisible, contrasté avec les années, que l'on peut se demander si l'expression citée plus haut «fans de Jean-Pascal Boffo» a vraiment un sens ou n'est qu'un concept théorique.

Infini, son huitième opus, et le dernier en date, ne déroge pas à la règle : voilà un album en tout point original. Réservant ses chansons pour son projet parallèle Alifair, cet album marque un retour à l'instrumental total. Son fil directeur semble être une invitation aux musiques électroniques ou plutôt à la vision très personnelle qu'il peut s'en faire. Se rapprochant très vaguement d'ambiances trip-hop, l'album est la preuve que Boffo est devenu maître en traficotages sonores en tout genre. Les compositions s'articulent très souvent autours de samples ou de boucles, les sons y sont triturés au travers de filtres et d'effets pour devenir méconnaissables, les tempos ne sont ni vifs, ni lents et sont marqués par des sonorités assez classiques dans le genre. Les guitares, qui sont les véritables marques de fabrique de Boffo, tiennent un rôle important mais pas prédominant et œuvrent toujours avec retenue et à propos.

Comme d'habitude la production est impeccable et met parfaitement en valeur les arrangements. Le résultat est une sorte de musique d'ambiance originale, agréable, toujours digne d'intérêt et dans laquelle règne une harmonie véritable. Hélas, et c'est souvent le cas pour les productions de Boffo de ces quinze dernières années, tout n'est pas vraiment passionnant. Les morceaux coulent, ne heurtent jamais en dépit du caractère un peu savant, voire bizarre de certains thèmes et constructions. C'est lisse, sans aspérité et pour tout dire un peu tiède. Si la musique m'apparaît comme onirique, elle pourrait accompagner ces rêves certes réparateurs mais dans lesquels il se passe une multitude de choses et à la fois rien du tout, et qui ne laissent finalement que très peu de souvenirs au réveil : «j'ai rêvé, oui, mais de quoi ??? je suis incapable de le dire...»

Ainsi on ne sera même pas frustré une fois l'album terminé : on aura passé un moment sympathique certes, mais qui n'aura pas porté à conséquence. On rangera ensuite l'album comme on l'avait sorti, sans savoir quand on tentera à nouveau l'expérience, sûrement pas dans un avenir proche. Et puis on passera à autre chose d'un peu plus impliquant, plus chaud ou plus froid selon les goûts de chacun, plus fougueux peut-être ou plus émotionnel. Bref quelque chose avec davantage de fond, même si la forme n'est pas aussi irréprochable que cet Infini.

C'est dommage car ce petit plus, qui s'appelle tout simplement la vie, Jean-Pascal Boffo aurait très bien pu l'insuffler dans son œuvre. Cette affirmation est gratuite certes mais j'en reste persuadé.

Olivier VIBERT

(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)