BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Oceanworld (13:08)
2. Some Like It Crunchy (8:34)
3. Little Finger Excercise (8:35)
4. The Celebrated Court Jester (4:15)
5. Oceanworld (Reprise)(1:30)

FORMATION :

Nick Magnus

(claviers)

Robbie Dobson

(percussions)

Steve Hoff

(basse)

Mark Easton

(guitares)

AUTUMN

"Oceanworld"

Royaume-Uni - 1977-78/99

Autoprod. - 36:14

 

 

Angleterre, 1976-77. Les temps sont très durs, désormais, pour les jeunes groupes progressifs. Sentant le vent tourner, les maisons de disques ferment brutalement leurs portes à tous ceux qui s'obstinent à revendiquer cette étiquette devenue honteuse. Leur attitude participe d'un cercle vicieux qui va se révéler fatal : l'image d'un style musical à bout de souffle, réduit à quelques dinosaures vieillissants (Yes, ELP, Genesis), se trouve confortée par l'absence d'une nouvelle génération prête à prendre le relais et renouveler le genre... La révolte punk n'aurait pu rêver terreau plus fertile !

Cette relève, pourtant, existait bel et bien. Certaines des victimes de cette censure rampante parvinrent tant bien que mal à publier leurs albums, souvent sur des labels étrangers ou en ayant recours à la quasi-autoproduction (à l'exemple de The Enid, dont d'ailleurs deux des membres d'Autumn sont des dissidents : le claviériste Nick Magnus et le batteur Robbie Dobson). D'autres (combien ? il serait intéressant de le savoir...), comme Autumn, n'eurent pas cette chance.

Les compositions que nous découvrons sur ce CD étaient en effet restées inédites, depuis leur enregistrement en septembre 1977 et mai 1978. Tout simplement parce que, comme nous l'expliquent avec fatalisme des notes de pochettes plus proches de la dissertation musico-sociologique que des habituelles hagiographies pleines d'amertume, Autumn eut le tort de naître trop tard (au milieu des années 70), et tout le talent du monde ne pouvait dès lors plus lui épargner une destinée funeste...

Et de talent, inutile de vous dire qu'il suffit d'écouter Oceanworld peu de temps pour comprendre que son auteur en était pétri... Voilà le genre d'albums que l'on rêve de découvrir aujourd'hui, car tel un Hibernatus musical (plus inspiré que son alter-ego cinématographique...), il recrée avec un brio incroyable une époque que l'on croyait implacablement révolue. Vous l'avez donc compris, c'est à un voyage dans le temps que nous sommes conviés, afin de nous repaître de senteurs progressives typiques d'une période que les plus jeunes d'entre nous n'ont pas connue...

Cinq compositions (13, 9, 9, 4 et 1 minutes), totalement instrumentales, constituent ainsi le programme de cette chevauchée temporelle, dont les claviers de Nick Magnus s'avèrent rapidement les principaux instigateurs. Utilisés prioritairement pour créer un rock progressif symphonique (tout à la fois lumineux, alambiqué et subtil), ils savent se nourrir habilement du phrasé très hackettien de la guitare pour enfanter des séquences remarquablement abouties. Au point que l'on se dise avec une certaine nostalgie et un sentiment d'injustice qu'Autumn aurait bien pu faire partie des ténors de genre si l'histoire musicale lui avait offert l'opportunité de durer...

Pour vous éclairer davantage sur le style de Oceanworld, je me permettrai d'évoquer deux formations. Genesis tout d'abord, pour la dimension lyrique et aérienne de la plupart des compositions; Happy The Man ensuite pour certaines effluves jazzy et un côté 'chantant' fort enthousiasmant. Le tout servi par une section rythmique inventive, qui soutient et stimule simultanément le propos musical...

Vous le voyez, tout doit vous conduire à faire de cet album ressuscité une pièce incontournable de votre collection... Quant à sa durée, pour le moins faible, elle joue finalement et paradoxalement un rôle substantiel dans la mesure où elle oblige l'auditeur à se délecter de chaque seconde de cette féerie progressive... A ne pas rater !!

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°31 - Juillet 1999)