
PISTES :
1. Succubus (5:40)
2. Transi (8:34)
3. Horla Rising (9:31)
4. The Forty-Two Gods (5:28)
5. Metamorphose (6:09)
6. Nova (10:42)
FORMATION :
Keiko Kumagai
(claviers)
Shinko Shibata
(basse)
Masahiro Goto
(batterie)
Satoshi Handa
(guitare électrique [1,3,5])
ARS NOVA
"Chrysalis - Force For The Fourth"
Japon - 2006
Muséa - 46:11
Entre ses albums studio, la bande à Keiko Kumagai aime bien entretenir la flamme et sortir des albums «hybrides», comme ce fut le cas avec Lacrimaria en 2001, qui mêlait titres inédits et nouvelles versions de titres anciens. Si celui-ci se révélait tout à fait intéressant et pas du tout anecdotique, il s'avère que la nouvelle galette dans ce genre est tout autant indispensable aux amateurs de la belle nippone.
Cette fois pourtant, pas de nouveaux morceaux, mais une formation inédite, puisque le power trio claviers-basse-batterie se voit une nouvelle fois remanié et pour l'occasion renforcé sur la moitié des titres par un guitariste. Outre Masuhiro Goto le batteur de Gerard, déjà invité sur Biogenesis Project, une nouvelle bassiste, Shinko «Panky» Shibata, fait son arrivée, et on découvre donc le guitariste Satoshi Handa. Six titres du répertoire du groupe (de 5:28 à 10:42), interprétés «live en studio», connaissent ainsi une relecture survitaminée dans la puissance et l'ampleur symphonique. On savait depuis l'album Biogenesis Project que la guitare pouvait très bien se marier aux claviers incandescents de Keiko Kumagai, et dès le premier morceau, on est conforté dans cette appréciation. Satoshi Handa est issu du milieu metal, cela s'entend, mais au-delà de sonorités très typées, c'est sa capacité à trouver sa place au milieu des multicouches de claviers qui finit par séduire, d'autant que le musicien est aussi capable de (courts) solos mélodiques du meilleur effet. Evidemment, certains diront que la présence de guitare dans la musique d'Ars Nova fait perdre au groupe sa couleur spécifique. C'est un peu vrai, mais cette dernière ne fait que quelques apparitions (3 pièces sur 6, je le répète), et la claviériste mène encore largement la danse. Celui qui réussira à ravir la place de leader à Keiko Kumagai et ses fougueux claviers n'est sans doute pas encore né !
Mais encore au-delà de la nouveauté instrumentale, c'est surtout la réinterprétation des morceaux qui laisse pantois. La section rythmique est meilleure que jamais, tant dans la puissance que dans la richesse du jeu, et les prouesses claviéristiques n'en finissent pas d'étonner. Que ce soit à l'orgue tellurique ou avec des nappes symphoniques majestueuses (ah ah !), on applaudit à la multitude des thèmes recensés... et on se demande comment il est possible de jouer tout cela en une fois (si tant est que ce «live» en soit bien un ?). Keiko Kumagai a également revu sa palette sonore, plus variée que par le passé, et si elle est depuis longtemps maîtresse d'un style pompier qui n'appartient qu'à elle, elle a également acquis une flamboyance de plus en plus enthousiasmante. Sa musique sombre renvoie à la noirceur des âmes, mais il y a aussi une insouciance toute enfantine qui n'est jamais bien loin. Une dualité femme-enfant qui est au cœur de l'univers de la claviériste depuis toujours.
Un album à part dans la discographie d'Ars Nova, mais dont la qualité lui vaut la même place qu'un opus studio «normalement» identifié. En attendant ce fameux nouvel album, désormais consacré à l'art surréaliste plutôt qu'à Alice au Pays des Merveilles : un monde imaginaire en chasse un autre...
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)

