BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Rupi's Dance pochette

PISTES :

1. Calliandra Shade [The Cappuccino Song] (5:02)
2. Rupi's Dance (3:00)
3. Lost In Crowds (5:37)
4. A Raft Of Penguins (3:34)
5. A Week Of Moments (4:27)
6. A Hand Of Thumbs (4:02)
7. Eurology (3:14)
8. Old Black Cat (3:40)
9. Photo Shop (3:20)
10. Pigeon Flying Over Berlin Zoo (4:18)
11. Griminelli's Lament (2:56)
12. Not Ralitsa Vassileva (4:45)
13. Two Short Planks (4:00)  
14. Birthday Card At Christmas [bonus de "The Jethro Tull Christmas Album"] (3:37)

FORMATION :

Ian Anderson

(chant, flûtes, guitares, accordéon, basse, percussions)

James Duncan

(batterie)

David Goodier

(basse)

Leslie Mandoki

(batterie, percussions)

Laszlo Bencker

(claviers)

Ossi Schaller

(guitare)

George Kopecsni

(guitare)

John O'Hara

(accordéon, claviers)

Andrew Giddings

(claviers, basse)

Doane Perry

(batterie [14])

Martin Barre

(guitare électrique [14])

The Sturcz String Quartet

 

IAN ANDERSON

"Rupi's Dance"

Royaume-Uni - 2003

R&M Records - 55:52

 

 

Trois ans après The Secret Language of Birds, notre ménestrel unijambiste remet le couvert avec ce nouvel opus gorgé de sonorités acoustiques. Un nouvel album de Jethro Tull unplugged, en quelque sorte. A moins que Jethro Tull, nettement moins actif que son leader en solo, ne soit devenu le «side-project» électrique de Ian Anderson (en bonus track, l'album nous fait découvrir un titre, «Birthday Card At Christmas», extrait d'un album du Tull à paraître avant la fin de l'année, J.T. Christmas Album, qui contiendra à la fois des inédits, des reprises et des «trad. arr.» autour du thème de Noël).

Avec ses trois premiers «efforts» en solo (je vais finir par avoir des problèmes avec la Ligue de Défense de la Langue Française, car c'est le 5ème anglicisme que j'utilise depuis le début de cet article...), Ian Anderson avait su nous surprendre. D'abord avec Walk Into Light (1983) et ses sonorités new wave et électroniques. Puis avec le new-age et classisant Divinities : 12 Dances With Gods (1995), qui a connu une belle carrière. Enfin, avec ce Langage des Oiseaux, bel album, longtemps attendu par les fans, relevant de ce folk-rock élisabethain, mâtiné de touches orientales et slaves, dont seul notre gentleman-pisciculteur a le secret... A-t-il su cette fois-ci se renouveler ?

Ian Anderson est entouré ici d'excellents musiciens, jouant tout à la fois avec ferveur et délicatesse. On pourrait presque parler de «rock de chambre» (si l'expression n'était pas déjà utilisée ailleurs), un quatuor - le Sturcz String Quartet - venant prêter main forte à Leslie Mandoki (en alternance avec James Duncan à la batterie) et David Gooder (basse). Ajoutons qu'on a affaire, comme d'habitude avec Ian Anderson, à un très bel objet : assorti de commentaires du maître, le livret est une petite merveille. Pour ce qui est des textes, il s'agit, à proprement parler, d'un album de «cartes postales», de vignettes ou d'instantanés, reflétant le don d'observation ou les marottes de son auteur : ses souvenirs d'école («2 Short Planks»), son horreur des cocktails («Lost in Crowds»)... et des vacances («A Week of Moments»), l'amour qu'il porte à ses chats, vivants ou décédés («Rupi's Dance», «Old Black Cat»). Le disque, à cet égard, apparaît comme une véritable ménagerie, car il y est aussi question de pingouins (les musiciens d'orchestre avec qui Ian Anderson joue de temps en temps, non sans angoisse - «A Raft of Penguins»), ou d'un «Pigeon Flying Over Berlin Zoo», dont notre homme se demande s'il faut envier ou non la liberté.

Pour en venir à l'essentiel, la musique, disons que cet album ressemble comme un frère au précédent (avec il est vrai, en prime, quelques poussées d'adrénaline tulliennes sur 2 ou 3 titres). Autrement dit, nous sommes en terrain connu, celui de «Fat Man», «Jack-in-the-Green» et autres «Acres Wild». L'attaque sur le premier titre, «Calliandra Shade», est immédiatement reconnaissable, et les mauvaises langues (il y en a encore, malgré les dispositions de plus en plus favorables de la critique depuis 7 ou 8 ans à l'endroit de l'héritage tullien) pourront insinuer que pas une seule note, pas un seul solo de flûte, pas une seule conclusion n'a déjà été entendue quelque part... Cela dit, et pour les mêmes raisons, les amateurs seront comblés. Et passée la première impression de déjà vu, force est de reconnaître que Rupi's Dance contient de bien belles trouvailles mélodiques (notamment les très enlevés «Raft of Penguins» ou «Pigeon Flying...», ou le nostalgique et lancinant «Not Ralitsa Vassileva», qui n'est pas sans rappeler le poignant «Budapest» de 1987).

Que demander de plus ? Pas grand chose : peut-être est-on seulement en droit d'attendre d'un musicien de cet envergure qu'il nous bouscule et nous surprenne davantage. Mais qui, parmi les grands créateurs de sa génération, en est aujourd'hui capable ? Et, après 35 ans de bons et loyaux services, laissons à Ian Anderson le droit de se faire simplement plaisir.

Philippe BABO

(chronique parue dans Big Bang n°51 - Novembre 2003)