BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Insider pochette

PISTES :

1. Gustav's Arrival (3:35)
2. O Fortuna (6:22)
3. Insider (4:30)
4. Mongrel's Anthem (4:27)
5. R.I.P. (3:35)
6. Strange Seas Of Thought (6:04)
7. Procedures (5:15)
8. Elysian Gold (4:51)
9. Oort (1:31)
10. What Is Music ? (6:06)
11. Hymn Of The Aten (5:48)
12. Map Of An Imaginary Place (6:59)

FORMATION :

Sel Balamir

(guitare, chant)

Matt Brobin

(batterie)

Neil Mahony

(basse)

AMPLIFIER

"Insider"

Royaume-Uni - 2006

SPV - 59:03

 

 

Excellente surprise de l'an passé, le trio anglais Amplifier propose déjà son second album, un brûlot tout aussi intense que son prédécesseur, ce qui n'exclut pas quelques nuances dans le contenu. Petit rappel des faits : Amplifier fait partie de ces groupes à ranger dans la catégorie «new prog», ceci permettant rapidement à tout un chacun de comprendre qu'il n'y a pas à attendre ici de clone progressif des années 70 avec moult envolées symphoniques, mais plutôt une démarche progressive dans l'âme, en dehors de la plupart des carcans musicaux en vigueur par ailleurs.

Tout comme le premier album éponyme, Insider ne se livre pas pleinement et totalement à la première écoute. Les 12 titres quasi enchaînés (de 1:31, pour un court interlude à base d'effets de saturation de guitare, à 6:59) développent en effet une telle rage, et avec une telle intensité sonore, qu'on est plus mal à l'aise et au bord de l'écœurement lorsque l'heure de musique est atteinte, que pleinement séduit et prompt à remettre le couvert ! Pourtant, c'est en s'y attelant que la force des mélodies entraperçues auparavant prend toute son ampleur, et que se dessinent les contours riches et sinueux de cette musique apte à secouer les plus léthargiques.

Dès l'instrumental d'ouverture, «Gustav's Arrival», les fauves sont lâchés ! La batterie de Matt Brobin est toujours aussi explosive, sans jamais tomber dans le bourrin ni le quelconque; bien plus qu'un élément rythmique accompagnateur, c'est un moteur musical énorme, sans pourtant faire véritablement référence au genre metal. La basse de Neal Mahony paraît de fait plus difficile à cerner dans le déluge imprimé par les deux autres. Car Sel Belamir, le chanteur-guitariste leader du groupe, fait une nouvelle fois feu de toutes parts avec sa panoplie d'effets et sa guitare tellurique ! Enorme ! L'ambiance surchauffée ne se refroidit pas avec le morceau suivant, «O Fortuna», même si l'apparition du chant apporte un peu de répit. La voix de Sel Belamir, souvent nourrie d'effets déformants, est toujours aussi belle, grave et enjôleuse quand la musique reprend son souffle. On en vient à regretter que le groupe ne se pose décidément pas un petit peu plus, histoire de nous offrir une chanson toute bête, ou un morceau épuré comme d'autres anglais tout aussi énervés ont pu le faire (voir Oceansize et son fameux instrumental repris par une célèbre marque de téléphonie...).

Mais non, peu ou pas de répit dans cette spirale infernale, et tous les morceaux déboulent à la suite les uns des autres pour enfermer l'auditeur au cœur de murs de guitares, durs, violents, grisants, le cerner par des rythmes saccadés, étouffants, enivrants... Il y a bien quelques morceaux par-ci par-là dont on a vraiment du mal à cerner les contours («Mongrel's Anthem», «RIP»), mais le groupe sait admirablement faire ressortir la beauté mélodique de la plupart de ses compositions, phénomène assez incroyable lorsqu'on pense à la violence qui émane de la plupart d'entre elles. C'est une poigne de velours dans un gant de fer, et non l'inverse !

Même si Insider parait plus compact que son prédécesseur, avec des développements plus denses et une approche encore plus directe, il se révèle tout aussi remarquable (ou juste un fifrelin en-dessous), et confirme la haute opinion qu'on peut se faire de ce power-trio britannique. Voilà décidément un groupe qui porte bien son nom !

PS : Petit coup de gueule en passant, dirigé vers les maisons de disques plus que vers les artistes : ce deuxième album d'Amplifier ressort, quelques mois après une première version «simple», avec un mini album en bonus (l'excellent The Astronaut Dismantles Hal, sorti d'abord à la fin 2005). Ce phénomène, qui consiste à sortir à plusieurs mois d'intervalle les mêmes albums avec un bonus (CD ou DVD), a quelque chose de révoltant. Car qui veut-on léser de la sorte, si ce n'est le fan de la première heure qui achète les disques dès leur sortie, au lieu de chercher à les télécharger sur le net ? Les maisons de disques se plaignent de la chute des ventes, et pensent sans doute récupérer de l'argent en faisant payer deux fois ce même fan ! Qu'ils continuent comme ça, et bientôt même les plus passionnés finiront par ne plus vouloir jouer les dupes. Et ce sont toujours les artistes qui en pâtiront au final...

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°64 - Hiver 2006-2007)